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  • 25 Novembre 1970 : Le jour où Mishima choisit son destin (Koji Wakamatsu, nov 2013)

    25-novembre-1970-le-jour-où-Mishima-choisit-son-destin-affiche.jpgCritique par Octave Olon

    Comme je suis un rebelle, je suis allé le voir un 24 décembre au cœur du quartier latin ; de toute façon, c’était l’unique salle et unique séance de projection de la semaine. Ce qu’on appelle l’unité de lieu et de temps. Pour ceux qui ne le savent pas, Mishima est l’un des plus grands écrivains japonais de ce siècle, à mon avis un peu en-dessous de Kawabata qui a eu un prix Nobel (mérité) de littérature en 1968. Les œuvres de Kawabata sont pleines de grâce, de beauté, de simplicité et de poésie ; elles devraient être enseignées à l’école, qui en manque cruellement. Mishima le sera probablement un jour, à la faveur de son orientation sexuelle ; en même temps, son côté réactionnaire impérialiste ne plaide pas en faveur d’une large promotion dans les écoles.

     Vous l’aurez compris, le titre du film étant à cet égard assez explicite, l’intérêt du film réside dans l’analyse du parcours personnel de Mishima. Celui-ci, écrivain connu et respecté, est devenu par conviction un activiste impérialiste nostalgique de la période pré-guerre, et vibrant d’une idéologie remontant au temps des samouraïs (l’honneur, la valeur, la tradition, quelques bricoles en solde de nos jours). Pour faire simple, un réac comme dirait le Nouvel Obs. Sauf que ce réac a poussé sa logique jusqu’au bout, tentant un coup d’État pour restaurer l’autorité de l’empereur, à une époque où la lutte contre les rouges battait son plein. Échec (les temps n’étaient plus mûrs pour les sabres et les fusils, même les soldats ne voulaient plus faire la guerre), puis seppuku (hara-kiri comme dirait feu François Cavanna).   

     Je suis allé le voir car les films en VO sur la vie des écrivains japonais sont assez rares, voire inexistants. Pour cette même raison, je nourrissais quelques craintes : soit le réalisateur est dingue (car comment toucher un large public avec un tel sujet), soit il est dans l’air du temps (sur le thème rimbaldien du génie littéraire incompris et exclu d’une société crypto-fasciste n’accepte pas son homosexualité). Les précédents films du réalisateur Wakamatsu, souvent des histoires très étranges mêlant communisme, violence et sexualité, ne permettaient pas de trancher aisément sur le papier.

     Craintes infondées, car au final, le film n’est clairement pas le produit d’un dingue (on comprend l’histoire et les enchaînements des plans), ni une apologie de l’écrivain foudroyé (seuls les aspects politique et dans une moindre mesure littéraire son ici traités). Mais du coup, le film m’a laissé un arrière-goût de platitude, de constante linéarité. Certes, on suit pas à pas sa descente dans l’activisme politique, entouré de quelques têtes brulées tout à sa dévotion, mais en même temps, l’évolution psychologique est peu marquée. C’est Mishima, le visage fermé, fumant le cigare chez lui avec sa très discrète femme, puis Mishima la mâchoire serrée avec les pieds nickelés impérialistes, puis Mishima concentré discutant politique avec des militaires. Pour finir, Mishima déterminé (mais toujours fermé) tente une prise d’otage. Cet homme aura passé sa vie le visage fermé, je le plains. Comme je plains également le jeune étudiant qui le suit partout : tout le contraire, un exalté tout au long du film, qui rêve du début à la fin de mourir, au début pour l’empereur, à la fin pour Mishima. De temps en temps, des extraits de documentaires d’époque réussissent à mettre en perspective les débats politiques de ces années ; peut-être le film aurait-il gagné à mettre davantage en lumière ces interactions public/privé. Comme on aurait aimé voir davantage son épouse, qui fait de la figuration, mais peut-être était-elle réellement effacée à l’extrême ? La fin du film était certes connue, mais rien que pour cette séquence, je ne regrette pas ma séance : l’analyse psychologique ressort un peu mieux, la tension est palpable, la mort est proche, les dialogues sont plus tranchants.

     Bref, même si ce n’est pas le film de l’année à mes yeux (mais la bloggeuse qui m’héberge vous dirait que j’ai des goûts bizarres), je conseille pour ceux qui voudraient connaître davantage l’histoire et le destin, unique, de ce grand écrivain, ses espoirs et sa terrible désillusion finale.